Année éprouvante pour les organismes communautaires
Hausse généralisée de la demande, élargissement de la clientèle et difficulté de recrutement : les défis sont nombreux actuellement pour les organismes communautaires des Laurentides. On en discute avec Farah Wikarski, l’agente de liaison à la mobilisation au Regroupement des organismes communautaires des Laurentides (ROCL).
Chaque année, en septembre, le ROCL rencontre ses membres et s’informe sur ce qu’ils vivent. Dans l’ensemble des Laurentides, 163 organismes sont membres de ce regroupement, dont 15 dans la MRC des Pays-d’en-Haut. Le constat réalisé le mois dernier est sans équivoque : tout le monde s’entend pour dire qu’il y a une augmentation de la détresse sociale et de la demande dans les organismes communautaires de la région.
Non seulement la demande augmente, mais les besoins se complexifient également, remarque Farah Wikarski. « Avant, on pouvait parler seulement d’un enjeu de pauvreté. Mais maintenant, ça peut aussi venir avec une problématique de santé mentale, qui elle est exacerbée par une problématique de logement et d’aide alimentaire », explique l’agente de liaison.
« Maintenant, ce n’est plus assez »
La clientèle qui fréquente les organismes communautaires s’élargit et se diversifie, constatent les membres du ROCL. « Des groupes nous disent que de nouvelles personnes qu’ils ne voyaient pas avant fréquentent maintenant leur organisme », précise Farah Wikarski. Avec le contexte économique actuel et l’inflation, des personnes qui y arrivaient avant n’y arrivent tout simplement plus, complète-t-elle.
« Une coordonnatrice nous a donné l’exemple d’un camp de jour qu’elle offre à son organisme. Bien que les coûts du camp soient couverts de moitié par une subvention, des familles ne peuvent plus envoyer leurs enfants, car manger devient plus important. Peut-être qu’avant, ces personnes avaient suffisamment d’argent et maintenant, ce n’est plus assez », raconte l’agente de liaison.
L’enjeu « criant » des ressources humaines
Parmi les enjeux soulevés lors des consultations annuelles de septembre dernier, les ressources humaines ont occupé beaucoup d’espace. Recrutement, rétention du personnel, relève, charge de travail et conditions de travail attrayantes : tout ce qui touche cet enjeu est ardu pour les organismes communautaires des Laurentides.
« Le milieu communautaire est un milieu de travail important au Québec, au niveau du nombre de personnes employées. Et pour être compétitif, il faut avoir des conditions de travail intéressantes, des salaires intéressants », souligne Farah Wikarski. « On sait aussi que la nature du travail faite dans les organismes est exigeante, donc à salaire égal, est-ce qu’une personne va vouloir faire ce type de travail ou ira dans un autre milieu? L’enjeu des ressources humaines est criant, vraiment. »
Les victoires du quotidien
Même si les défis sont grands, du positif, il s’en passe tous les jours dans les organismes communautaires. « Le positif, ce sont les petites victoires qui se font au quotidien », affirme l’agente de liaison au ROCL. La prévention, ça ne se chiffre pas; comment venir démontrer ce qui n’est pas arrivé ? Si une personne avait des idées suicidaires et n’est pas passé à l’acte, comment démontrer que c’est notre intervention qui a fait ce changement ? On ne peut pas. Mais les organismes sur le terrain le savent, quand ils font une différence dans la vie d’une personne. »
Farah Wikarski rappelle aussi que le milieu communautaire, c’est « le pouls terrain » du milieu politique. Les organismes sont ceux qui témoignent de ce qui se passe vraiment dans les communautés. Elle croit d’ailleurs qu’il existe aujourd’hui une plus grande reconnaissance du rôle des organismes et une plus grande accessibilité à ceux-ci. « Il y a plusieurs années, les organismes étaient moins connus et on se disait que c’était tel type de personne seulement qui allait dans les organismes. Mais la pandémie et le fait que le gouvernement ait constaté le rôle essentiel des organismes, ç’a amené une reconnaissance. On reconnait maintenant l’importance du milieu communautaire. »
Le ROCL, en bref
Le ROCL est un regroupement existant depuis maintenant 30 ans constitué de plus de 160 organismes communautaires autonomes qui œuvrent dans les Laurentides. Lieu de rassemblement pour les organismes de la région, il offre de la formation, de l’accompagnement et du soutien aux organismes du territoire afin de leur permettre de s’épanouir pleinement dans leurs racines communautaires. Il vise par son action, son approche et son rôle de représentation à faire rayonner l’identité des organismes communautaires autonomes et à opérer de profonds changements pour plus de démocratie, d’équité et de justice sociale.